Melanoplus femurrubrum (De Geer 1773)

Melanoplus femurrubrum (De Geer 1773)

Par Marie-Line Buteau et Sarah Merheb (édité par Étienne Normandin)

Photo 2014-10-09, 11 20 27 AM (HDR)

Cette espèce a été capturée à la station de biologie des Laurentides le 4 septembre 2014

Taxonomie

Identifier en 1773 par l’entomologiste Charles De Geer, Melanoplus femurrubrum , le Mélanople à pattes rouges, fait parti de la classe des Insectes, l’ordre des Orthoptères et la famille des Acrididés (De Geer, 1773). Cette famille est caractérisée par des antennes plus courtes que le corps et l’absence d’appareil stridulatoire sur les élytres (Vickery et Kevan, 1985). L’espèce fait partie du genre Melanoplus qui englobe des espèces herbivores dont certaines sont nuisibles à l’agriculture (Bland, 2003). Notamment, Melanoplus femurrubrum est caractérisé par les tibias des pattes postérieures rouge-orangé et des fémurs brunâtres variant au jaune aux extrémités. La face externe des fémurs présente généralement un motif à chevron olivâtre. Il est intéressant de noter qu’il existe une forme rare de l’espèce de couleur bleue. Il a été possible d’identifier et de différencier, selon Vickery et Kevan (1985), notre espèce en observant la position et la forme de l’ovipositeur. Les ailes sont complètement développées et vont au-delà du bout des fémurs postérieurs.

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Fig.1 La face externe des fémurs présente un motif à chevron olivâtre

Fig.2 Les ailes sont complètement développées

Reproduction

Certains Acrididés produisent des sons grâce aux fémurs des pattes postérieurs qui possèdent des protubérances sur la face interne. Ils exécutent des oscillations rapides de leurs pattes postérieures qui permettent à ces protubérances de frotter contre une nervure saillante de leurs ailes (Dumortier, 1966). Cependant, les espèces du genre Melanoplus ne produisent pas de son puisque ceux-ci n’ont pas d’organes stridulatoires sur les fémurs postérieurs. En effet, les mâles ne produisent aucun son pour courtiser une partenaire, mais lorsqu’ils rencontrent une femelle, ceux-ci déplacent leurs antennes et font vibrer leurs fémurs postérieurs. Ce comportement particulier permet, par le fait même, aux femelles de reconnaitre les mouvements propres à leur espèce (Pickford et Gillot, 1972).
Cela dit, la période de reproduction débute à l’été allant jusqu’au milieu de l’automne pendant que les adultes sont actifs. En conséquence, cette espèce ne produit qu’une seule génération par année. Les femelles pondent leurs œufs dans le sol à l’aide de leur ovipositeur. Les œufs pondus durant l’été n’éclosent pas avant l’arrivée du printemps suivant. (Capinera, 2008). Ainsi, les immatures naissent et deviennent adultes vers juillet en passant par plusieurs stades immatures. Il faut noter que l’ordre des orthoptères est un ordre ayant une métamorphose incomplète. De plus, le temps du stade immature est plus rapide lorsque la température est plus élevée. Malheureusement, les adultes meurent lors de l’arrivée de l’hiver à cause du froid.
Melanoplus. femurrubrum possède de nombreux prédateurs, dont des insectes parasites, des mites ainsi que des nématodes. Il semblerait, selon Bland (1976), que ces derniers ont le plus grand impact sur la population du Mélanople à pattes rouges. De même, la disponibilité de la nourriture semble être un autre facteur limitant pour les populations de M. femurrubrum. Une diversité dans les plantes disponibles est aussi importante pour répondre au besoin des différents stades immatures.

Répartition

Melanoplus femurrubrum est très répandu en Amérique du Nord. Il peut facilement se déplacer grâce à son vol puissant qui lui permet de voler plus longtemps et donc de se disperser et de trouver de nouveaux habitats pendant les années de sécheresses (Pfadt, 1994). Normalement, on retrouve cette espèce dans les champs, les prairies, les prés et dans la végétation bordant les sentiers, des habitats qui abondent en Amérique du Nord depuis le développement de l’agriculture. De plus, selon Thompson (1992), ce melanople présente une grande plasticité phénotypique au sein de l’espèce, ce qui lui confère une bonne capacité d’adaptation. Son alimentation est composée de plantes herbacées ou même d’herbe ce qui le rend nuisible à certaines cultures comme la luzerne, le soya, les légumineuses ou encore l’avoine. Ces caractéristiques expliquent bien le succès démographique de l’espèce et son abondance (Bland, 2003).

Impact

Cette espèce peut endommager gravement certaines cultures surtout dans l’est du Canada et des États-Unis. Entre autres, elle est particulièrement nuisible aux légumineuses et au sojaMelanoplus sanguinipes, une espèce semblable, serait beaucoup plus ravageuse, car celle-ci est capable d’effectuer de grosses migrations de masse pouvant ainsi dévaster des cultures lors de son passage. (Bland, 2003)

RÉFÉRENCES

Bland R.G. (1976) Effect of Parasites and Food Plants on the Stability of a Population of Melanoplus femurrubrum. Environmental Entomology, 5(4) : 724-728.

Bland R.G. (2003) The orthoptera of Michigan, Biology, keys and descriptions of Grasshoppers, Katydids and Cricket. Michigan state University Extension, Michigan, p.94.

BugGuide.Net. 2003-2014  << Species Melanoplus femerrubrum– Red-legged Grasshopper>>. En ligne. Page consultée le 25 octobre 2014.

Capinera J. L. (2008) Encyclopedia of Entomology, Redlegged Grasshopper, Melanoplus femurrubrum (Degeer) (Orthoptera: Acrididae. Springer, London, pp 3119-3123.

De Geer C. (1773) Mémoire pour servir à l’histoire des insectes, p.498. En ligne. Page consultée le 25 octobre 2014.

Dumortier B.(1966) La stridulation et l’audition chez les Insectes Orthoptères. Aperçu historique sur les idées et les découvertes jusqu’au début du XXe siècle. Revue d’histoire des sciences et de leurs applications. 19(1) : 1-28.

Pfadt R.E. (1994) Field Guide to Common Western Grasshoppers, Part 4. Wyoming Agricultural Experiment Station, Bulletin 912, pp 133-136.

Pickford R. et C. Gillot (1972) Courtship behavior of the migratory grasshopper melanoplus sanguinipes (Orthoptera : Acrididae). The Canadian Entomologist, 104 (5) : 715-722.

Thompson D.B. (1992) Consumption rates and the evolution of diet-induced plasticity in the head morphology of Melanoplus femurrubrum (Orthoptera: Acrididae). Oecologia, 89 (2) : 204-213.

Vickery V.R. et D.K.M. Kevan (1985) The insects and arachnids of canada, part 14: The Grasshoppers, Crickets and Related Insects of Canada and Adjacent Regions. Agriculture Canada, Canada, 918 pages.