Pourquoi étudier l’histoire naturelle et la taxonomie des insectes?

Dans le domaine de la biologie, où nos études deviennent de plus en plus spécialisées et nos techniques de plus en plus avancées, pourquoi devrait-on suivre un cours d’histoire naturelle? Est-ce l’histoire naturelle vraiment de la science? N’a-t-on pas laissé ce domaine aux amateurs et aux naturalistes du passé? À quoi ça sert, la taxonomie et l’histoire naturelle et pourquoi devrait-on investir le temps à suivre un cours sur la systématique des insectes?

1. L’histoire naturelle:  le contexte biologique des écosystèmes

L’histoire naturelle explique “qui fait quoi” dans un écosystème. L’ensemble des noms des espèces est le classeur de la biologie qui nous permet d’accéder aux données scientifiques accumulées pendant des centaines d’années. Les noms seuls ne nous disent rien, mais comment peut-on accéder aux connaissances d’histoire naturelle d’un organisme sans qu’on sache son nom?  La première chose qu’on fait quand on voit un insecte, c’est de l’identifier. La deuxième chose qu’on fait c’est de raconter l’histoire de cet insecte, de comprendre sa participation dans son milieu, et de mieux comprendre le contexte des autres organismes dans l’écosystème.

2. Savoir de quoi on parle!

La médecine et les morsures d’araignées. Il est documenté que les médecins ont tendance à attribuer incorrectement des plaies aux morsures d’araignées (1, 2). S’ils connaissaient mieux l’histoire naturelle des araignées, ils commettraient moins souvent de telles erreurs de diagnostic.

La veuve noire. Image de Chuck Evans. CC BY CA 2.5

La veuve noire. Image de Chuck Evans. CC BY CA 2.5

Protéome d’une abeille ou d’un syrphe? Ne soyez pas la personne qui ne connait pas l’organisme modèle de sa recherche! Dans la revue «Journal of Proteome Research», une revue avec un facteur d’impact assez important (5.0), on a publié un article sur le cerveau de l’abeille a miel (Hymenoptera: Apidae: Apis mellifera). L’insecte qu’on a placé en image dans le résumé: un syrphe (Diptera: Syrphidae).

Une abeille ou un syrphe? Cliquer l’image pour accéder le site d’origine.

Le billet de 50 pesos méxicain. Vous savez peut-être que le papillon monarque (Lepidoptera: Nymphalidae: Danaus plexippus) entreprend une des migrations les plus impressionnantes, une qui prend plusieurs générations pour s’effectuer. C’est un phénomène important, et pour le célébrer, la banque nationale méxicaine a imprimé un billet avec des images du papillon…. vice-roi (Lepidoptera: Nymphalidae: Limenitis archippus)! Évidemment, le mimétisme müllerien ne trompe pas que les prédateurs.

Le verso du billet de 50 pesos méxicain.

Heureusement, il semble que l’image du monarque a été mise à jour.

3. Les insectes: le groupe d’organismes le plus riche en espèces

Il n’est pas possible de comprendre un écosystème sans tenir compte des insectes y inclus. Il existe très peu d’habitats terrestres qui ne sont pas affectés, d’une façon importante, par des insectes. Le nombre d’espèces connues d’insectes est plus important que la somme des espèces de tous les autres organismes!

Proportion des espèces connues.

Proportion d’espèces connues. Données tirées de Chapman (2009).

Le nombre d’espèces d’insectes dans un habitat particulier peut être énorme. Par exemple, en Grande Bretagne, on trouve 445 et 421 espèces d’insectes phytophages sur seulement cinq espèces de saules et deux de chênes. Si on ajoute les insectes parasites, parasitoïdes, et prédateurs, les chiffres dépasseraient 1.000. Au Canada, on connait presque 20.000 espèces d’insectes, avec environ 13.000 sur le territoire québécois seul. Combien sont impliquées dans vos intérêts biologiques?

4. Pour mieux apprécier la diversité biologique

Il ne faut jamais oublier le côté du plaisir. Identifier un organisme dans son milieu rend les excursions en nature plus riche. Au Québec, on trouve

  • des scarabées parasites des castors, des mouches parasites des chouettes, et des punaises parasites des chauves-souris
  • des pseudoscorpions qui utilisent des mouches comme des taxis, des collemboles qui sortent de la neige en plein hiver, et des acariens qui vivent dans le système respiratoire des abeilles
  • des pucerons représentant trois générations, enceintes avec leur petites filles, des larves de guêpes à l’intérieur des larves d’autres guêpes à l’intérieur des chenilles, et des bactéries symbiotiques à l’intérieur des bactéries symbiotiques à l’intérieur des cochenilles

En les trouvant, en les identifiant, on ouvre la porte aux merveilles de la nature.

Voir aussi cet article récent et excellent sur l’importance de l’apprentissage de l’histoire naturelle.

Dépliant décrivant le cours BIO3441 / BIO6441, «Systématique des Insectes», offert à l’Université de Montréal.